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Roland-Garros: Schwartzman, Gaston, c'est la revanche des petits

Diego Schwartzman

Diego Schwartzman - AFP

Avec l’éclatante victoire de Diego Schwartzman en quart de finale sur Dominic Thiem, et le beau parcours d’Hugo Gaston, cette édition 2020 de Roland-Garros met à l’honneur les joueurs dits de "petite taille". Coup de projecteur sur les qualités qui leur permettent d’exister dans l’élite du tennis mondial, et leurs atouts encore plus mis en valeur par la terre lente de cette année.

Cette édition 2020 de Roland-Garros a rappelé à quel point le tennis est un sport complet, qui mobilise toutes les qualités physiques d’un joueur. On peut très bien mesurer deux mètres, servir au-delà des 200 km/h sans forcer et avoir un gros coup droit pour conclure... mais les petits ont montré Porte d’Auteuil qu'on pouvait toujours compter sur eux. 

"Ce genre de tennis démontre qu’il y a de la place pour tous les gabarits, analyse Sarah Pitkowski, consultante pour RMC Sport. Forcément, un Diego Schwartzman ne va pas faire deux fois 15 jours à ce rythme-là. Il y aura des surfaces qui vont moins lui convenir. Un joueur grand qui ne joue pas bien peut s’appuyer sur son service. Lui a moins de marge de sécurité, mais s’ils (les petits gabarits, ndlr) jouent leur meilleur tennis, ils autant d’armes que les autres joueurs."

Vélocité maximum, couverture de terrain optimale

Pour Paul Quétin, préparateur physique de l’équipe de France de Fed Cup, les Gaston et Schwartzman ne sont pas un épiphénomène: "C’est cyclique. On a déjà eu des joueurs français pas très grands, comme Sébastien Grosjean, Fabrice Santoro ou Arnaud Clément, qui étaient des garçons qui se déplaçaient très très bien, qui couvraient très bien leur terrain." 

Et dans ces allers-retours incessants qu'on a pu voir lors des matchs d’Hugo Gaston face à Stan Wawrinka ou Dominic Thiem, ces petits gabarits sont très bons dans le petit jeu de jambes et les petits pas: "C’est une mobylette. Il doit être à 150% sur chaque frappe, il est obligé d’avoir un investissement énorme. Il a une densité physique énorme, avec une violence dans la frappe exceptionnelle quand il frappe les deux pieds décollés du sol, à l’inverse des grands qui sont bien ancrés au sol avec les pieds à l’inverse", détaille Sarah Pitkowski.

Pour obtenir cette densité physique en match, le travail en coulisses se doit d’être très précis: "On insiste pour qu’ils soient encore plus performants en termes de vitesse, de vitesse de réaction, et d’explosivité. Mais leur morphologie favorise aussi. Ils sont légers, rapides, et se déplacent sur des petits périmètres", précise Quétin.

Une terra battue lente qui les favorise

Depuis les catégories de jeunes, ils sont habitués à compenser leur manque de taille, par un coup d’œil et une anticipation peu commune. Avec cette édition automnale du Grand Chelem parisien, et une terre battue lente, lourde et humide, leurs qualités d’anticipation et de vista sont d’autant plus indispensables, selon Sarah Pitkowski: "Hugo Gaston voyait très bien le jeu. Il n’était pas débordé, alors qu’il a joué deux joueurs logiquement très puissants sur terre battue. Il était à temps sur la balle. Elle ne montait pas trop haut, et il pouvait la jouer à la hauteur idéale. La surface lui permettait une rupture et une variation de jeu pour casser la puissance adverse. Les conditions ont magnifié son jeu".

Les conditions de cette édition automnale leur confèrent aussi un autre avantage physique: "Par rapport à un John Isner, qui a du mal à avoir des bons appuis, on a des meilleurs appuis forcément quand on est de petite taille. Quand la terre est humide, elle est un peu glissante, le grand va trouver moins d’appuis que le petit, qui est un peu avantagé pour le changement de direction". Avec le retour des tournois en indoor, il sera intéressant de voir comment Hugo Gaston adaptera son jeu pour continuer sa progression. 

Anthony Rech