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Mike Tyson, le fantasme d’un retour en questions

Star de la toile ces derniers jours avec ses vidéos à l’entraînement où il n’a rien perdu de sa férocité, Mike Tyson titille l’idée d’un retour pour des combats exhibition pour la bonne cause. Et certains vont plus loin, en l’imaginant dans un "vrai" combat à 53 ans. Si la chose ne paraît pas impossible vu l’intérêt suscité, elle est tout sauf souhaitable. Mais des perspectives existent bel et bien.

Quelques secondes pour faire tourner la machine à rêves. Avec ses vidéos d’entraînement aux millions de vues où ses coups transpirent la férocité, Mike Tyson a enflammé la toile et suscité quelques fantasmes. Et si "Iron Mike", en belle forme physique du haut de ses 53 ans, revenait sur les rings? "Je suis de retour", lance-t-il comme un défi au temps dans sa dernière vidéo où il fracasse des pattes d’ours. Si ces images participaient à une campagne publicitaire pour une marque de boissons énergisante… imprimées (il faut le voir pour comprendre) avec laquelle il collabore, elles n’en sont pas moins dépourvues d’une part de vérité. L’ancien champion du monde des lourds a avoué s’entraîner depuis quelques semaines pour des combats exhibition en faveur d’œuvres de charité. Mais le fantasme est ailleurs aux yeux du grand public. 

Dans les commentaires sous sa dernière vidéo, nombreux sont ceux à vouloir le voir défier Deontay Wilder, Tyson Fury ou Anthony Joshua, les meilleurs lourds actuels. Il y a quelques jours, le magazine The Ring, référence dans le milieu, a mis les deux Tyson, Mike et Fury, en couverture pour un "combat de rêve virtuel". Mais certains aimeraient voir le délire se matérialiser. Et l’intéressé, ravi de l’intérêt porté à ses coups de buffle à l’entraînement, n’hésite pas à en jouer à l’image d’une récente interview via Facebok Gaming: "J’ai l’impression d’être inarrêtable en ce moment. Les dieux de la guerre m’ont réveillé. Ils ont allumé mon ego et veulent me voir aller à nouveau à la guerre." Il réitère son envie de faire ça pour "aider les gens et les animaux" dans le besoin, pour la bonne cause. Mais le doute plane: et s’il lui prenait l’idée de ne pas faire une simple exhibition (avec casque) mais un véritable combat, même sur seulement trois rounds? 

20 millions pour combattre... mains nues

Des propositions sont sur la table. Du farfelu, d'abord, avec celle du Bare Knuckle Fighting Championship (organisation américaine de combats… à mains nues), dont le président David Feldman affirme avoir offert 20 millions de dollars à Tyson pour affronter n’importe quel combattant de son organisation. Si le BKFC compte dans ses rangs un ancien champion du monde des lourds, l’Américain Shannon Briggs, quarante-huit ans, et que les combats de cette organisation sont sur un format de dix minutes (trente-six pour la boxe) qui correspondrait mieux à l’âge de ses artères, imaginer Tyson dans une telle aventure même pour des bonnes œuvres paraît impossible. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne trouvera pas chaussure à son pied.

Tyson a également refusé l’offre du promoteur australien Brian Amatruda, entre un et trois millions de dollars selon les sources, pour affronter le rugbyman néo-zélandais Sonny Bill Williams (sept combats professionnels de boxe chez les lourds en parallèle de sa carrière) et/ou les Australiens Paul Gallen (rugby à XIII) et Barry Hall (footy australien), évoquant "une insulte à la boxe", preuve qu’il prend la chose plutôt au sérieux sur les plans pugilistique comme financier. Patron de Matchroom Boxing, Eddie Hearn a de son côté expliqué dans un entretien à British Boxing Television avoir été "contacté" par "quelqu’un qui voulait (lui) parler de Mike". "J’ai reçu un message, lâche le promoteur du champion WBA Super-IBF-WBO des lourds Anthony Joshua, qui avait mis sur pied un combat 'professionnel' entre les YouTubeurs stars KSI et Logan Paul il y a quelques mois. J’aimerais voir ça mais… Les gens me répètent que j’ai fait le truc avec les YouTubeurs mais ce serait un peu irresponsable de laisser quelqu’un de cinquante-trois ans faire un retour légitime dans le ring."

Businessman avisé, le Britannique poursuit dans un sourire en s’amusant à titiller les deux côtés de la balance: "Il paraît plutôt dangereux sur les images. Il y a une fascination à se demander s’il pourrait être compétitif et faire des dégâts chez les lourds à cet âge-là. Peut-être, peut-être pas. Mais est-ce qu’on devrait encourager ça, surtout pour l’un des plus grands de l’histoire? En tout cas, il a l’air en forme. Qui sait? La ligne est étroite, et je le sais pour l’avoir franchie, entre l’intégrité du sport et le show et l’idée de faire le plus d’audience et d’argent possible. C’est notre boulot de faire ça mais on doit aussi être au plus proche de la bonne ligne. Des choses plus folles que ça sont arrivées dans le passé. On verra bien." Ce serait pourtant bien une folie furieuse, avec des risques inconsidérés dans un sport où un mauvais coup peut transformer votre vie, et ce même face à des professionnels de second rang. "Si vous aimez Tyson, n’incitez pas à ça, temporise John Dovi, manager de l’équipe de France olympique. Il a déjà eu une fin de carrière très difficile. Et c’était il y a quinze ans. C’est un mythe et c’est super qu’on puisse le revoir, ça met des étoiles dans les yeux de tout le monde, mais laissez-le tranquille."

"C'est impressionnant mais ce n'est que de la gestuelle"

Son dernier combat en carrière, en juin 2005, face à un Kevin McBride, tout sauf foudre de guerre et choisi pour être une "victime" facile virera au tragique avec un "Iron Mike" qui abandonne sur son tabouret avant la septième, regard vide, forces à plat, tellement loin de son aura passée. "Je n’ai plus ça en moi, je n’ai plus l’estomac pour ça, je ne combats que pour mes factures, je ne suis plus cet animal", lance-t-il alors plein de franchise. Il affirme l’être redevenu aujourd’hui. Mais une belle technique et la puissance ne font pas tout entre les cordes. "Quand on voit les images, il a un gauche-droite ex-cep-tio-nnel, admire John Dovi. Cet enchaînement avec le crochet court, le second arrive à une vitesse… C’est impressionnant mais ce n’est que la gestuelle. Ces gestes-là, qu’on reconnaîtrait entre mille avec lui, même dans sa tombe il sera capable de les refaire. C’est ancré en lui, c’est ce que Cus d’Amato (son entraîneur historique et mentor, ndlr) a développé chez lui. Mais ça ne veut pas dire que tu peux faire un combat à cinquante-trois ans, loin de là."

La chose ne paraît pourtant plus dans le domaine de l’impossible. Faute de Tyson, Mike pourrait être tenté par un autre Fury, le père du champion WBC, John, qui l’a défié avec verve en vidéo. Et il y a surtout son rival Evander Holyfield, cinquante-sept ans, qui a également annoncé vouloir sortir de sa retraite pour des exhibitions en faveur d’œuvres de charité – on l’a lui aussi vu à l’entraînement en vidéo, moins impressionnant mais avec de très jolis restes – et se dit motivé pour affronter celui qui lui avait mangé l’oreille un soir de folie en 1997 à Las Vegas. "Tant que ça fonctionne pour tous les deux, je suis partant », a confirmé l’ancien champion du monde unifié des lourds-légers et des lourds dans une interview avec le journaliste Manouk Akopyan. Avant de commencer à chambrer: "Mais je ne peux pas lui demander, ça doit être à lui. Je l’ai battu deux fois, on croirait que je le harcèle encore." Comme si même la perspective d’une exhibition laissait vite le naturel remonter au galop. 

"Ils ont beaucoup de respect l’un pour l’autre aujourd’hui, explique John Dovi, mais si les gens commencent à attiser les braises, quelqu’un comme Holyfield est un homme de challenges. Tyson est plus lucide, car il n’a jamais aimé la boxe, il a juste ce don qui fait qu’il est ce qu’il est, mais un Holyfield aime vraiment ça et sera toujours là à boxer à cent ans! Il ne faut pas grand-chose pour le convaincre de reprendre. Si tu lui dis d’aller castagner, il va aller castagner. Les boxeurs sont des boxeurs. Ce sont des mecs qui ont été champions du monde, qui ont un tempérament. A moins qu’ils soient très protégés, qu’un travail ait été fait avant, qu’ils soient dans le même vestiaire et qu’ils montent limite sur le ring ensemble…" Une exhibition totalement scriptée ou presque, plus proche du catch que de la boxe, pour éliminer les risques au maximum. "Qu’ils fassent du catch, oui, poursuit le manager de l’équipe de France. J’aurais envie de voir ça si c’est pour une œuvre de charité. Avec l’histoire qu’ils ont tous les deux, ce serait un super pied-de-nez, ils pourraient terminer presque en MMA en se roulant par terre, il y aurait un côté sympa et humoristique pour tourner le truc en dérision. On n’a pas besoin de voir ça, ils n’ont plus rien à prouver ou à montrer, surtout si toutes les bourses vont pour la bonne cause."

Mike Tyson (à gauche) avec Evander Holyfield (au centre) et Lennox Lewis en février 2020 à Las Vegas
Mike Tyson (à gauche) avec Evander Holyfield (au centre) et Lennox Lewis en février 2020 à Las Vegas © Icon Sport

"Chaque fois qu'on le voit, il a un joint à la bouche"

Dans leur sillage, d’autres se réveillent. James Toney, ancien champion du monde dans trois catégories, a lui aussi publié son message où il se dit prêt à "éteindre la lumière" de Tyson et Holyfield à cinquante-et-un ans. "Ils vont tous suivre, s’amuse John Dovi. Cette histoire va rameuter tout le monde, les Riddick Bowe, etc. Ils vont tous vouloir revenir car ils ont tous besoin d’argent et envie de renommée. Ils vont se dire: 'Je vais pouvoir me remettre à l’entraînement, perdre un peu de gras et on va remettre la lumière sur moi'. Pour eux, il est là le piège." L’attrait du chèque, surtout pour des bonnes œuvres comme pour Tyson, est un chant difficile à ne pas entendre. "Des légendes voient des combattants gagner plus qu’eux sur toute leur carrière pour des combats insignifiants à leurs yeux et se mettent à réfléchir, explique Eddie Hearn. Mike Tyson ne veut pas revenir car il souhaite ajouter un nouveau chapitre à sa légende. Il se demande juste ce qu’il peut toucher pour un retour. Et la réponse est sans doute beaucoup d’argent. On ne peut pas le blâmer pour ça."

Tout bien réfléchi, peu de choses arrêteraient "Iron Mike" s’ils souhaitait se remettre dans un vrai combat. On en voit bien une: son goût prononcé pour le cannabis qui l’empêcherait de passer tout test antidopage. "Chaque fois qu’on le voit désormais, il a un joint à la bouche, sourit John Dovi. Il a peut-être voulu se remettre en forme pour un truc caritatif mais il faut que les gens restent lucides." Reconverti en entrepreneur dans le cannabis, celui qui a toujours su réinventer depuis l’arrêt de sa carrière et a trouvé une nouvelle paix psychologique grâce à l’herbe mais aussi à du venin de crapaud séché pour être fumé (on n’invente rien, et c’est dingue) n’est plus à une surprise près. Mais boxer "pour de vrai" est une perspective trop dangereuse pour espérer ne pas le voir franchir la ligne. "Je suis sûr que je trouverai des choses à faire, la boxe ne me définit pas", avait-il dit le soir de son dernier combat pro. On aimerait surtout qu’il évite le combat de trop, même pour une bonne cause.

Alexandre HERBINET (@LexaB)