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Bakary Samaké à l'entraînement

Bakary Samaké à l'entraînement - Vincent Fenech/DR

Boxe: Bakary Samaké, l’exil forcé d’un talent précoce à l’ambition féroce

Passé pro à dix-sept ans mais à l’étranger, car interdit de le faire en France avant sa majorité, Bakary Samaké a conquis sa première ceinture – champion du Luxembourg des super-welters – pour son sixième combat le week-end dernier. Un record de précocité pour un combattant tricolore. RMC Sport a rencontré ce pro précoce et son papa-entraîneur pour vous faire découvrir cette trajectoire atypique qui doit les mener à leur objectif affiché: champion du monde dans les années à venir.

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La voix, fluette, timide, dessine un garçon bien de son âge. Mais le corps raconte une autre histoire. La puissance aussi. Gyorgy Mizsei peut témoigner. L’expérimenté combattant hongrois, dix ans de plus au compteur, n’aura pas pu aller au bout du deuxième round – sur dix prévus – samedi dernier à Dudelange (Luxembourg), envoyé deux fois à terre et mis KO par un gros direct du bras arrière après une série de coups au corps. Son adversaire pouvait gonfler les muscles et parer sa taille de sa première ceinture, celle de champion du Luxembourg catégorie super-welters. La première étape d’un début de parcours pro atypique.

Phénomène de précocité qui fait rimer jeunesse avec ambition, Bakary Samaké n’est pas un boxeur comme les autres. A son âge, dix-huit ans et quelques mois, les meilleurs combattants français traînent dans le giron fédéral dans la perspective d’un projet olympique. Pas lui. Bakary Samaké a choisi la voie des combats rémunérés avant même sa majorité. Des débuts pros à dix-sept ans, en juin dernier, qui ont dû se faire au-delà des frontières de son pays, où le professionnalisme sur les rings est interdit avant d’afficher dix-huit printemps, et qui l’ont mené en quelques mois à la conquête de cette ceinture luxembourgeoise.

"Champion du monde? Dans ma tête, le timing est fixé"

Ne cherchez pas: aucun boxeur tricolore n’avait jamais accroché le titre "national" d’un autre pays aussi jeune. Avec un bilan de 6-0 et quatre KO moins de cinq mois après ses dix-huit ans, Bakary Samaké n’aligne pour l’instant que des boxeurs de "seconde zone (avec tout le respect qu’on doit à ceux qui osent monter dans le ring) à son palmarès. Mais entre sa volonté de multiplier les combats aussi vite que possible et une adversité qui augmente peu à peu, le garçon montre qu’il n’a pas de temps à perdre. "On voulait sept combats pour sa première, raconte Issa Samaké, à la fois père et coach. Ce sera fait car on va combattre au casino de Deauville le 18 décembre. En 2022, on gardera le rythme avec cinq-six combats de bonne qualité, où on va monter à chaque fois."

La ceinture du Benelux sera sur la table dans une de ses prochaines sorties. A court terme, l’année prochaine, papa Issa veut "travailler sur une ceinture WBC Silver". Plus vite que la musique? Pas forcément quand on sait déjà ce qu’on veut et qu’on se donne les moyens de l’atteindre. "Champion du monde? Dans ma tête, le timing est déjà fixé, sourit le jeune boxeur. Vers la vingtaine, vingt-et-un ou vingt-deux ans. Je veux faire ça au plus vite. Pas trop non plus car il faut bien se préparer pour mais on sait ce qu’on est capable de faire." "Il a énormément de qualités et tout pour réussir, et je ne dis pas ça parce que c’est mon fils, complète son entraîneur et paternel. Il ne faut pas brûler les étapes mais s’il continue comme ça, en faisant les bons choix, ça pourrait le faire à vingt-deux ou vingt-trois ans. Peut-être en 2025. Mais il ne faut pas se jeter sur n’importe quelle opportunité non plus."

Dans un pays où l'ambition est parfois mal vue, le discours pourrait passer pour de la forfanterie ou de l'orgueil mal placé. Il raconte juste une envie de tout croquer sans attendre. Graal de la carrière pro, le titre planétaire serait l’aboutissement d’un chemin entamé haut comme trois pommes. Football, basket, natation, hockey sur glace: le jeune Bakary teste plusieurs sports avant d’être aiguillé vers le ring à huit ans sous les conseils d’un Issa qui a "grandi dans une famille de boxeurs" (il revendique comme oncle Sounkalo Babayoko, ancien champion d’Afrique qui avait affronté Muhammad Ali lors d’une exhibition au Maroc à l’été 1972) et qui a lui-même mis les gants chez les amateurs (il s’annonce champion de France cadets et juniors).

Papa a débuté le noble art sous les ordres de Joseph Germain à Noisy-le-Grand, où il finit par monter un groupe pour les enfants. Bakary va y trouver sa voie. Et sa voix. "Je n’étais pas très sociable à l’époque, se souvient-il. Je me battais souvent à l’école. Mon père m’a mis à la boxe pour me fondre dans un groupe." Bonne pioche. En dehors du ring comme entre les cordes. "Au début, je ne parlais pas trop, j’étais dans mon coin, raconte l’intéressé. Mais au fur et à mesure, ça a commencé à me plaire. Quand je boxe, je suis dans un autre monde. Je me défoule et j’arrive à oublier les soucis." "Depuis tout petit, il prenait les gants et il s’amusait à la maison, précise Issa. Mais quand on l’a mis à la boxe, on a vu direct que c’était fait pour lui." Pris en mains par son père, le parcours s’inscrit dans une filière classique. Bakary commence par la boxe éducative, où appuyer les coups est prohibé.

"Ils lui auraient cassé son style"

"Premier combat, à huit ans, il perd, raconte Issa. Pareil pour le deuxième, le troisième et le quatrième. Tout le monde se moquait de lui. Quand on préparait son cinquième, il me dit: 'Ça sert à quoi? Je suis nul…' Je l’ai rassuré et il a remporté son premier combat. Et après ça, il a rencontré à nouveau tous ceux qui l’avaient battu et il a gagné à chaque fois. Ils étaient plus grands mais il était meilleur. C’était un déclic et il s’est entraîné encore plus dur. Il est passé chez les amateurs en minimes 2, car en France tu ne peux pas avant même si on l’aurait fait si on avait pu. Je lui ai fait faire un maximum de combats. Je le ramenais partout."

Champion de France chez les minimes (-45 kilos), vice-champion de France chez les cadets (-50 kilos), Bakary entame son passage chez les juniors en 2020 par un titre de champion d’Île-de-France. La couronne nationale est encore dans le viseur de celui qui affiche un bilan de 27-7-1 (deux KO) chez les amateurs. Mais le Covid va passer par là. "Je n’ai pas pu faire les championnats de France car tout a été stoppé, explique le jeune boxeur. C’était ma dernière année chez les juniors et on s’est mis à réfléchir avec mon père. Il m’a demandé si je voulais passer pro et je lui ai répondu que j’étais chaud." Le papa-coach avait l’idée en tête depuis longtemps. Question de style et d’opportunités.

Bakary Samaké (à droite) à l'entraînement
Bakary Samaké (à droite) à l'entraînement © Vincent Fenech/DR

"Je l’ai conditionné depuis tout petit pour passer pro assez vite car je sais que la boxe olympique est une perte de temps et d’énergie, estime Issa. En France, ils te donnent une chance olympique mais vers vingt-quatre ou vingt-cinq ans. C’est trop tard, ce n’est pas comme aux Etats-Unis. Et ils ne te prennent par parce que tu es bon mais parce que tu obéis. Il a fait des stages en équipe de France chez les amateurs mais il a une façon de boxer spéciale. L’équipe de France, c’est un style un peu stéréotypé, académique, et lui a plus une boxe américaine, fougueuse. Ils lui auraient cassé son style."

La boxe amateur à l’arrêt, confinement oblige, le moment est idéal pour se façonner pour l’univers pro. A commencer par le corps. "Mon père a pris un préparateur physique et on a charbonné tout l’été car j’étais vraiment sec, raconte Bakary. Au début, je n’y arrivais pas trop. Mais mon corps s’est habitué et on a élevé le niveau. J’avais des douleurs que je ne connaissais pas. Mais je voyais que mon corps changeait." Bakary n’a pas de chiffre précis mais estime sa prise de masse à "40% en plus". Ces derniers mois, il a aussi pas mal grandi. Restait à affiner la boxe. "On m’a toujours dit que j’avais une boxe professionnelle, à commencer par mon père, précise le combat. Il savait qu’il n’y avait que quelques réglages à faire mais que la transition serait facile. Et quand je me suis senti prêt, on s’est lancé."

"On te suit, on fait boxer ton petit"

Il faut travailler la force, les changements de rythme, les contres, visser les coups et façonner un style plus posé. Mais le gamin qui montre de la brutalité – dans le bon sens du terme – dans ses attaques se sent de plus en plus à l’aise, et au niveau. "Je suis plus posé, plus puissant et bien plus efficace car il faut être attentif à ça, énumère-t-il. En amateurs, j’étais débordé. Chez les pros, j’ai vu que j’avais le temps de me préparer, de poser ma boxe, et je savais que c’était fait pour moi." Mais il faut encore affronter les obstacles administratifs. Issa et Bakary veulent entamer la carrière du jeune espoir avant sa majorité. Problème? La chose est interdite en France.

"J’ai fait une demande auprès de la Fédération, précise le père, mais ils m’ont répondu: 'Il n’a pas assez d’expérience'. Ils voulaient qu’il fasse encore une ou deux années chez les amateurs, une perte de temps de malade, surtout pour un gamin qui a de telles qualités." Issa raconte la suite: "J’ai appelé un ami promoteur en Belgique et des connexions à la Fédération luxembourgeoise. Ils m’ont dit: 'On te suit, on fait boxer ton petit'." La situation aurait pu frustrer Bakary. "Au contraire", il s’en sert comme une motivation supplémentaire. Premier combat le 5 juin dernier au Luxembourg, où il a dû prendre sa licence, à vingt-quatre jours de ses dix-huit ans. Premier KO. "Après ça, tu te sens fort, narre-t-il. Les KO, ça me donne confiance en moi. Je me dis que rien ne peut m’arrêter."

Les deux combats suivant se font en Belgique, toujours avant son dix-huitième anniversaire, pour un autre KO et une décision unanime. Début juillet, enfin majeur, il peut montrer ses qualités au public français avec un combat à Drancy, gagné par KO, avant d’en enchaîner un autre au même endroit en septembre pour un succès sur décision unanime pour son premier combat en six rounds (quatre jusque-là). Un mois et demi plus tard, sa sixième sortie – la première sur un dix rounds – lui offre la ceinture de champion du Luxembourg. Vous avez dit rythme de boulimique des rings? Le camp Samaké répond logique du moment. "Il s’agit d’acquérir un maximum de combats avant mes vingt ans, précise Bakary. Au moins une vingtaine. Et après, on passera aux choses sérieuses. Je sais ce que je veux et je sais que pour l’avoir, je dois faire plus que les autres. Il faut combattre dès que j’en ai l’opportunité."

Avec un choix d’adversaires bien calculé pour le faire monter en puissance – les trois premiers n’avaient encore aucune victoire chez les pros, le cinquième comptait cinq victoires en six combats, le sixième affichait cinquante-sept combats dont vingt-sept succès – et qui se fait toujours en concertation avec lui. "Cela permet d’installer une confiance chez lui, explique le papa-coach. Une carrière, ça se réfléchit. C’est comme si tu jouais aux échecs. Il faut savoir placer ses pions au bon endroit et au bon moment." Le tout sans promoteur derrière. Pour organiser le début de carrière du fiston, Issa a fait dans la débrouille.

"Tu as besoin d'un promoteur pour ça?"

"Je n’attends rien de personne, confirme-t-il. Pour moi, quand tu passes pro en France, c’est comme si tu ouvrais ta société en autoentrepreneur. Si tu attends les autres, tu es dans la merde car il n’y a plus de télé, plus d’argent, plus rien. En bas de l’échelle, personne ne va investir sur toi. Avant qu’il ne passe pro, j’avais un plan de carrière et j’avais surtout déjà prévu le budget nécessaire. J’ai trouvé des partenaires via des amis. Pour l’instant, ça ne sert à rien de s’attacher avec un promoteur et de se mettre des menottes. Tu vas donner 3000 euros à l’adversaire, voire moins, et autant pour Bakary. Tu as besoin d’un promoteur pour ça? Non. Tu les trouves. Un promoteur, tu en as besoin quand tu vas faire des plus gros combats."

Les choses se font en famille. Pour l’instant. "Certains promoteurs peuvent t’ouvrir des portes beaucoup plus facilement, concède Issa. Là, le petit fait son boulot et moi je trouve les combats. Ensuite, on fera les choses intelligemment. On ira au plus offrant et là où les meilleures opportunités s’offriront à nous." D’autant que les sollicitations arrivent déjà. "On a plein de gens qui nous contactent, des agents anglais, des agents américains, annonce Issa. On a par exemple le promoteur britannique MTK qui est en train de le surveiller." Avec son style "américain", l’horizon US lui fait déjà de l’œil. Celui qui avait découvert une salle de boxe new-yorkaise avec son père dans sa jeunesse aimerait "partir un ou deux mois là-bas histoire de voir comment on s’y prépare". Et à terme, il ne dit pas non à une installation définitive de l’autre côté de l’Atlantique. "C’est même le but", avoue-t-il.

Bakary Samaké avec sa ceinture de champion du Luxembourg des super-welters
Bakary Samaké avec sa ceinture de champion du Luxembourg des super-welters © DR

S’ils n’attendent rien de la Fédération française, Bakary Samaké et son père ne diraient pas non à l’opportunité d’une ceinture de champion de France. "Mais si on nous offre quelque chose de mieux et qu’on peut zapper ça pour aller plus haut, c’est ce qu’on fera", tranche le boxeur. Le papa-coach voit plus loin: "Le plus important est qu’il arrive à maturité à vingt ou vingt-et-un ans. On a deux-trois ans à faire les bons choix, les bons adversaires, ni trop faciles ni trop durs." A force de discuter avec les deux, on s’étonne presque de la professionnalisation de la structure autour de Bakary malgré son jeune âge. Le combattant français, qui pratique la boxe "trois heures par jour" dans sa salle de Champs-sur-Marne, s’est entouré d’un préparateur physique ou encore d’un agent d’image et d'un attaché de presse. "Il n’y a que comme ça que tu peux avancer", justifie Issa.

Son père-coach lui a également proposé une séance de media training pour se préparer aux lumières. Et Bakary est déjà conscient de l’importance du travail de l’ombre. "Quand tu passes professionnel, il faut faire des soins, te faire masser, faire des bains froids, énumère-t-il. C’est essentiel car ton corps ne peut pas subir tout ça d’un coup." "Devenu plus mature" en passant chez les pros, Bakary n’exprime "pas de frustration" de ne pas pouvoir vivre la vie normale d’un jeune de son âge qui sort en soirée avec ses potes. "Je n’ai pas trop besoin de ça, sourit-il. J’ai ma petite copine, je la vois, et voilà." Il a aussi "arrêté l’école pour (s)e concentrer sur (s)a préparation": "C’est un choix de vie. Je sais ce que je veux et si on fait un truc, il faut le faire à fond."

"Pour un super-welter, Bakary est un monstre"

"Il n’a jamais été trop scolaire, jamais très concentré à l’école, précise Issa. Le plus important était qu’il obtienne son bac et il l’a eu. Là, il va rentrer à la mairie de Gagny, où on habite, pour travailler avec les jeunes et passer des formations et diplômes de coach sportif comme le BPJEPS. Il va se professionnaliser tout autour du sport. Mais il se concentre sur le ring car il a un gros potentiel." Bakary Samaké est pro et agit comme tel, dix-huit ans ou pas. Jusqu’à avoir créé en juin 2020, sur les conseils de sa copine, un compte "professionnel" Instagram – il n’était pas sur ce réseau auparavant – qui affiche désormais plus de 28.000 abonnés et sur lequel son camp peut partager des vidéos qui font monter sa base de fans en France comme à l’étranger grâce aux relais d’autres comptes.

Son père partage également ses exploits via un compte dédié à son groupe d’entraînement. "Tout se passe sur les réseaux si les gens veulent suivre ton parcours et j’en ai pris conscience", confirme-t-il. Jusqu’à, enfin, faire ses nouveaux devoirs à la maison en consommant des vidéos de boxe, chose qu’il ne faisait pas il y a encore deux-trois ans. De quoi trouver quelques sources d’inspiration: "Dans la nouvelle génération, il y a Jaron Ennis. J’aime beaucoup son style. J’aime aussi Floyd Mayweather, c’est la base, ou encore Canelo Alvarez. Lui, c’est vraiment un exemple. Avec ses vidéos, tu apprends, tu te disciplines." Le parcours de Souleymane Cissokho, super-welter français passé par la filière olympique mais qui a gagné le droit de boxer sur des cartes de Canelo ou Anthony Joshua depuis sa signature avec le promoteur britannique Matchroom, peut aussi servir de modèle. "Il faut prendre exemple sur lui dans la façon de se démarquer des autres", remarque Bakary.

Avec les yeux de l’amour du papa et les yeux de l’ambition du coach, Issa ne fait pas semblant quand il s’agit de faire des comparaisons. Pour lui, Bakary possède "un peu d’Andre Ward, d’Errol Spence, de Terence Crawford ou de Floyd Mayweather", autant de grands boxeurs américains multiples champions du monde. Dans sa catégorie, il tire un parallèle avec le champion WBC-IBF-WBA. "Pour un super-welter, Bakary est un monstre. C’est un Jermell Charlo sur les capacités physiques. Il est grand, impressionnant, il faut profiter de ces avantages." L’intéressé reconnaît devoir "gagner en maturité boxe". Mais il est déjà sûr de ses forces: "Mes plus grosses qualités? La vitesse, la technique. Je suis aussi très tactique, très fougueux et je suis un contreur. Je suis posé mais quand il faut danser sur le ring, je danse. J’analyse selon la situation. Et je m’améliore à chaque entraînement."

"Sa principale qualité? Le coup d’œil, enchaîne Issa. Il a l’anticipation et la vitesse. Il frappe, aussi. Ce n’est pas un pur puncheur mais c’est un truc qu’on va améliorer au fil du temps car il est très jeune. On est en train de développer la force pure mais on ne peut pas aller plus vite que la nature. Il a une grosse marge de progression." Très impliqué, le papa-coach n’en fait pas trop non plus pour éviter le ras-le-bol. "Il faut y aller avec finesse, détaille-t-il. J’ai connu des parents qui ont dégoûté leur enfant donc je l’ai monté avec une stratégie pour le préserver. C’est comme si tu taillais un diamant." Acharné, perfectionniste, Bakary Samaké impressionne déjà les pros plus aguerris avec lesquels il a pu tourner en sparring. "Maintenant, quand je mets les gants avec des gens qui ont un peu de niveau, je les déborde", sourit-il.

"C'est un phénomène"

Grand espoir du MMA français, et ancien champion des plumes du KSW (en lice pour récupérer cette ceinture le 18 décembre), Salahdine Parnasse connaît Bakary depuis "trois-quatre ans" après une rencontre dans sa salle Atch Academy à Aubervilliers. Ils ont partagé de nombreuses séances de sparring. "Il a un gros potentiel, estime le combattant MMA. C’est un phénomène. Il frappe fort, il est sec, il est explosif, rapide. Il a grandi d’un coup ces derniers mois. Il a pris en gabarit. Il est largement au niveau de pros beaucoup plus âgés avec lesquels j’ai mis les gants. On fait des dix rounds, et même des douze rounds, où on s’allume et il a la caisse pour encaisser tout ça. Il a aussi la tête sur les épaules et un papa qui l’encadre bien. Il a tout pour réussir une belle carrière."

Le chemin sera long, dur, semé de virages à prendre du bon côté. Mais celui qui "donne envie" à certains adversaires croisés chez les amateurs de passer pro plus tôt que prévu ne vise rien d’autre que les sommets. Via son propre chemin. "J’ai envie de faire un truc pour mon fils que personne n’a fait, lâche Issa. Suivre un parcours que personne n’a eu, atypique, et créer notre propre histoire." Et le papa-coach de conclure: "Être pro, c’était sa voie. Il a une boxe posée, il est précis dans ce qu’il fait, il n’y a pas de gâchis. Il faut le protéger et le préserver car comme m’a dit Jean-Marc Mormeck, c’est peut-être le boxeur qu’on attend depuis longtemps en France." Bakary, lui, rêve à voix haute. "Comment je m’imagine dans dix ans? Champion du monde, déjà, et avec mes enfants et ma femme. Vivre à l’étranger, voyager, aider les gens…" Avec quelques mandales et KO à distribuer sur la route d’ici là.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport