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XV de France : Suta, l’inconnu venu des îles

Jocelino Suta

Jocelino Suta - -

A bientôt 30 ans, Jocelino Suta devrait honorer sa première sélection samedi contre l’Australie (21h). Une sacrée performance pour celui qui a commencé le rugby à 18 ans alors qu’il débarquait à peine du Vanuatu.

Il a pourtant fallu le pousser à s’installer sur le tabouret de la salle de presse de Marcoussis. Sans doute impressionné par les caméras présentes lors du point presse de l’équipe de France, Jocelino Suta prévient tout de suite l’assemblée dans un sourire : « Pas plus de deux minutes, hein ? Ce n’est pas trop mon truc. » Pour preuve, et c’est lui qui l’avoue, il achève cette séance médiatique encore plus éprouvé que par l’entraînement matinal ! Plutôt que les micros, le deuxième ou troisième ligne toulonnais préfère les poussées en mêlées ou les plaquages dévastateurs, lui qui sévit depuis maintenant plus de quatre ans dans le Var.

Mais alors qu’il entame sa cinquième saison au RCT, rien ne laissait présager que Suta se ferait une place dans l’effectif pro toulonnais. Natif de Port-Vila, la capitale du Vanuatu (archipel du Pacifique situé à l’est de l’Australie), il ne débute le rugby qu’à 18 ans après s’être essayé au volleyball. « En rentrant du boulot, un cousin m’a appelé pour aller à un entraînement, se souvient le géant d’1,95m pour 112kg. La sélection d’outre-mer avait besoin d’un deuxième ligne pour une journée de détection à Bordeaux. Je découvre alors à peine le rugby. Je savais juste qu’il fallait pousser en mêlée. »

Une pige à l’armée

Michel Couturas met ainsi la main sur le colosse. Alors entraîneur de Mont-de-Marsan, il le convainc de signer dans la préfecture des Landes. Mais à 23 ans, alors qu’il atteint la limite d’âge pouvant jouer en Espoirs, sa carrière prend un virage étonnant. Il raconte : « Je ne savais s’ils allaient me proposer un contrat. Alors, pour la sécurité de l’emploi, je suis parti à l’armée. » Quelques mois à l’armée, une poignée de rencontres jouées sous le maillot du XV de la défense, un départ avorté au Racing Métro, et voilà finalement le trentenaire (il aura 30 ans le 18 novembre) qui atterrit à Toulon.

Alors aujourd’hui, il savoure. D’autant qu’il ne pensait plus jouer sous le maillot bleu, lui qui n’avait jusqu’alors porté que le maillot des A. « Tout s’accélère. Je suis impressionné, lâche celui dont le cousin, Mikaele Tuugahala, faisait partie de la liste des 33 avant d’en être écarté dimanche par Saint-André. C’est ma première sélection. D’habitude, ce sont les jeunes. Je suis d’autant plus fier que j’ai bientôt 30 ans. Ce n’était pas mon objectif premier, c’est pour ça que je suis d’autant plus content. Mais je me considère comme un jeune joueur normal. Je pense d’ailleurs que pour ma première cape, les ‘‘anciens’’ me réservent quelque chose. » Il ne sera désormais plus question d’être timide.

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Du neuf avec des vieux|||

A bientôt 30 ans, Jocelino Suta n’est pas le plus ancien « bizuth » de cette équipe de France. Souvent aux portes de l’équipe de France, Yannick Forestier a, lui, déjà soufflé ses 30 bougies. Une manière de faire du neuf avec des vieux ? Philippe Saint-André s’en défend : « Quand on sélectionne des piliers de 29 ou 30 ans, on sait que la maturité d’un pilier est entre 30 et 33 ans. Dans deux ou trois saisons, ils seront encore là. Ce sont des titulaires. Ils se sont donné les moyens de faire les efforts. » Yannick Forestier est d’ailleurs sur la même longueur d’onde que son entraîneur : « Je me sens très bien, lâche le Castrais en rigolant. Je suis bien physiquement. Et puis, l’intégration se déroule très bien. Je ne suis pas tout seul dans mon coin. » Et pour cause, Suta et Forestier se sont déjà côtoyés en équipe de France A. Les deux novices concèdent volontiers qu’ils aiment passer du temps ensemble à Marcoussis. Comme ce lundi, à la salle de musculation. Comme quoi, il n’y a pas d’âge pour découvrir le centre technique national du rugby français…

Pierrick Taisne