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"Un beau retour sur investissement", Alexis Hanquinquant savoure sa cinquième étoile mondiale en para-triathlon

En pleine séance de récupération, une télé allumée sur Qatar-Sénégal, Alexis Hanquiquant revient auprès de RMC Sport sur son cinquième titre mondial en para-triathlon. Jeudi à Dubaï, il a confirmé son règne sur la catégorie PTS4 (handicaps modérés) en s’imposant avec près de 2 minutes d’avance sur son coéquipier Pierre-Antoine Baele. L’athlète de 36 ans cherche encore à s’améliorer et ne veut surtout pas rater la saison 2023, cruciale pour préparer les Jeux paralympiques de Paris 2024 dans de bonnes conditions.

Alexis Hanquinquant, vous gagnez le titre mondial après le titre européen. C’est une année parfaite? Quel est le sentiment?

Effectivement, c’est une année parfaite. J’arrive à conserver mon titre européen et mon titre mondial. Pour cette année 2022 c’était l’objectif. Ce que je retiens c’est la longévité. Cela fait 5 ans que j’enfile les titres les uns après les autres. C’est plutôt rare et c’est à souligner. Ce n’est pas dû au hasard. Je m’entraîne énormément pour ça. C’est un beau retour sur investissement.

Racontez-nous la course d’hier. Vous sortez à la natation avec l’Australien Twomey que vous distancez lors de la partie à vélo.

C’était une natation sans combinaison car l’eau était très chaude, environ 28 degrés. L’Australien m’a un peu surpris. Je ne l’attendais pas à un tel niveau sur la natation. Il me surprend un peu sur la natation. On part ensemble sur la partie à vélo et je le décroche assez rapidement.

Le reste de la course a été plutôt maîtrisé dans l’ensemble. J’avais tendance à vouloir gérer ma course. Il faisait très chaud et je voulais éviter un coup de chaleur. J’ai géré mon effort pour arriver assez frais sur la course à pied et pouvoir dérouler une belle vitesse à 3’30 au kilomètre sur le 5000m. C’est pas trop mal.

Quels sont les ressorts que vous activez avant chaque compétition pour garder la faim et continuer à progresser?

Chaque compétition est différente. A chaque fois je me remets en compétition pour aller chercher les meilleurs temps scratch. Je suis en catégorie PTS4. Etant le meilleur PTS4 je pourrais me reposer là-dessus mais non. Je vais chercher le meilleur temps des PTS5, la catégorie considérée un peu plus forte que moi. C’est avec ces athlètes-là que j’aime me challenger pour continuer à progresser et faire des différences.

Est-ce que les records vous font avance? Par exemple aller chercher le Néerlandais Jetze Plat, sixième fois titré en para-triathlon fauteuil cette année? Vous remettez une pièce dans la machine pour aller battre ces records.

Oui je remets une pièce dans la machine mais chaque catégorie est très différente en para-triathlon. Ce n’est pas forcément très logique de vouloir se comparer à un autre athlète. On a des pathologies et des oppositions très différentes. C’est vrai qu’un athlète comme Plat je m’en inspire. Il est compétitif à chaque para-triathlon et il est quasiment invaincu. J’ai à cœur de rester invaincu le plus longtemps possible même si la concurrence fait tout pour me battre. On se remet en question en permanence. Cette saison 2022 a été très longue. On est fin novembre alors que d’habitude ça se finit en septembre. Je sens que mon organisme a été un peu poussé. Un peu de repos va faire du bien en décembre pour bien repartir en janvier.

Vous êtes le leader de cette équipe de France de para-triathlon et dans votre sillage pour emmener Pierre-Antoine Baele. Il termine derrière vous sur ces Mondiaux comme aux championnats d’Europe.

On est une très belle équipe de France. On finit première nation sur ces Mondiaux de para-triathlon (de l’or pour Jules Ribstein en PTS3, titre aussi pour Elise Marc en PTS3). C’est la première fois que cela arrive. On a une très belle délégation. Pierre-Antoine a intégré ma catégorie cette année. C’est un bel athlète. Il a commencé le triathlon en même temps que moi. Je suis un peu plus vieux que lui. Il commence à être un vieux roublard. C’est de bon augure d’avoir des athlètes comme ça. Je pense que je le pousse un peu vers le haut et lui aussi il me force à ne pas m’endormir. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours mais si on continue comme ça dans les 18 prochains mois, il faudra être fort pour venir nous chercher pour les deux premières places à Paris.

C’est un coéquipier mais aussi un adversaire. Vous gardez quelques secrets ou vous êtes dans le partage?

On est coéquipier et adversaire mais je n’ai aucun problème à partager mon expérience. Je n’ai plus rien à prouver à personne. Je fais mon bonhomme de chemin. Si je peux apporter un petit peu tant mieux. Je suis l’un des plus anciens de cette équipe. Je me sens un peu redevable de ce que l’on m’a apporté lorsque j’étais plus jeune. Si moi aujourd’hui je peux transmettre c’est avec grand plaisir. Je suis dans le partage avec Pierre-Antoine et avec tous les jeunes qui intègrent l’équipe. S’ils me demandent conseil c’est avec plaisir.

L’idée c’est de marquer les esprits à chaque sortie d’ici Paris 2024. Que les adversaires se disent que la victoire est hors de portée avant même que la course commence.

Paris ça trotte dans tous les esprits. Chaque chose en son temps. Le timing de Paris 2024 commencera au test event le 19 août 2023. Ca sera une Coupe du monde. Tous les meilleurs athlètes pourront venir. On aura besoin de s’imprégner des lieux, de voir la natation dans la Seine, le parcours vélo qui sera forcément urbain et avec peut-être des parties pavés. Ce test event sera très intéressant et très motivant. Si tu fais un bon résultat sur le test event, ça lancera très bien les choses pour l’année d’après.

Comment va s’organiser l’année 2023?

Les six premiers mois de 2023 vont permettre de remettre la machine en route, de faire une ou deux compétitions sans pression. A partir de juin, le ranking sera ouvert et permettra de marquer des points pour se qualifier pour Paris 2024. J’ai trois événements que j’ai déjà ciblés: la course de Swansea mi-juillet, la première course qui comptera pour le ranking, le test event de Paris, et les Mondiaux à Pontevedra en Espagne en septembre. L’athlète qui fera trois bons résultats sur ces trois courses aura quasiment validé sa qualification pour les Jeux.

Place aux vacances après cette longue saison?

La famille me manque énormément. J’ai pas mal vadrouillé cette année. Les vacances de Noël vont tomber à pic pour profiter un maximum de ma femme et de mes enfants. On va repartir au charbon début janvier pour continuer de rien lâcher sur les autres et de performer.

Propos recueillis par Morgan Maury